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conditions initiales et ramifications Nous avons vu dans la première partie d'astrologie, chaos et déterminisme combien la pensée humaine avait pu être révolutionnée dans sa globalité, au cours du siècle dernier, par l'intégration de la conception dite "du chaos". Nous n'avons pas manqué de nous étonner, et de regretter, que cette révolution intellectuelle n'est pas ou peu touché la philosophie astrologique. Nous consacrerons donc la seconde partie de notre démonstration a montré que, loin d'être contradictoire avec l'astrologie, la théorie du chaos déterministe peut même permettre de l'enrichir, l'aidant à se repositionner et à définir ses limites, comme la plupart des autres disciplines humaines l'ont déjà fait. Nous verrons surtout comment faire cohabiter l'idée de prévision et celle d'incertitude puis nous conclurons notre propos en soulignant quelles sont, à notre avis, les fonctions réelles d'une pratique astrologique éclairée.

III. L’astrologie et la prévision

1/ Vers une astrologie non déterministe

Nous avons vu que la pensée humaine est actuellement arrivée à une sorte d’équilibre, de statu quo entre déterminisme et théorie du chaos (ou encore principe de certitude et principe d’incertitude).

La signification du mot Chaos ne saurait donc, y compris en ce qui concerne l’astrologie, être réduite à sa seule idée d’imprévisibilité. La signification de la théorie du chaos déterministe se situe, comme cette expression volontairement antinomique l’indique, au carrefour de l’Ordre et du Désordre, de la prévisibilité mécaniste et de l’imprédictibilité.

Si encore récemment (début 1900 par exemple), on pensait que tous les systèmes dont on connaissait les lois étaient « déterminés » (c'est-à-dire qu’on pouvait prédire leur comportement et leur évolution avec certitude en appliquant des lois et des règles précises), la pensée scientifique, et j’utilise ici ce terme dans son application la plus large de recherche, accepte désormais que la prédictibilité absolue est illusoire.
Cela est vrai en astrophysique, en économie, en météorologie, en sismologie, en chimie, en acoustique, en mécanique, en biologie (etc.) et devrait aussi être une idée communément admise en astrologie.

Cela signifie donc qu’une partie de tout système est bien déterministe (cette partie répond à des lois mécanistes qui pour des conditions initiales A et B aboutit à un résultat C), une autre partie, certes plus minime mais devant absolument être prise en compte, est « chaotique », c'est-à-dire soumise à des variations, à des exceptions ou à des dérèglements étant par essence imprévisibles.

De plus, il est indispensable de prendre en considération le fait que, plus on se projette dans le temps (et qu’on s’éloigne des conditions initiales ou données de base), plus la part chaotique du système grandit. Si la prévision à courte échéance reste possible, la prévision à longue échéance ne l’est plus.

Dans le cadre d’une discipline qui, comme l’astrologie, vise à étudier l’être humain, la part de déterminisme initial est sans doute d’autant plus réduite que le libre-arbitre de l’individu est grand.
Voici un exemple simple issu de la sociologie : Soit un homme de 25 ans. Ses conditions initiales sont les suivantes : il est célibataire, normalement constitué, de classe moyenne, encore étudiant et ayant l’occasion de rencontrer quotidiennement des femmes et des hommes de son âge, eux même célibataires (peu importe qu’il soit hétéro ou homosexuel). Il ne souffre d’aucun handicap sérieux, ni maladie ni traumatisme profond.

On peut à partir de ces données évaluer de façon déterministe ses chances de se mettre en couple dans les 6 prochains mois.
Le résultat est une probabilité, une statistique dans laquelle on tente d’inclure les variables probables. On dira par exemple qu’il à 55% de chance de former un couple dans le prochain semestre. Toutefois, cette probabilité tient compte du fait que la marge d’incertitude est de 45%. Qu’est-ce qui se cache dans ces 45% si l'on reste à un niveau d’analyse sociologique ?
En vérité d’innombrables variables ! Par exemple et en premier lieu, cet homme a-t-il la volonté de briser son célibat (libre-arbitre) ? En aura-t-il le cas échéant l’occasion (rencontrera-t-il des personnes libres et bien disposées à son égard : interaction sociale) ? Sera-t-il en mesure de le faire (il peut très bien être hospitalisé entre temps ou devoir abandonner ses études), etc.

Cet exemple est très facilement applicable à un modèle astrologique.
En étudiant les transits du thème de ce jeune homme, le praticien peut aussi conclure, par exemple suite à l’observation de Vénus, de la maison V et VII (etc.) qu’il a en effet des chances (un climat astral favorable) de rencontrer l’amour.

Peut-être même cet astrologue (parce que, contrairement au sociologue, il « personnalisera » le cas : le sociologue réfléchit en terme de moyenne, l’astrologue depuis un thème unique qui tient compte, au final, de plus de paramètres que ceux du sociologue) pourra affiner les probabilité de cette rencontre en parlant de 75% de chance au lieu de 55%.

Mais on comprendra qu’une marge d’incertitude, une part de Chaos persiste et qu’il serait dérisoire d’annoncer cette rencontre avec certitude. C’est un possible et seulement un possible car l’astrologie, comme toute autre discipline, est soumise au principe d’incertitude (les mêmes variables sont applicables : volonté propre du natif, hospitalisation, changement brusque de situation, occasion sociale).

Toutefois, on peut ici aussi souligner un autre avantage de l’astrologie. Contrairement à la plupart des autres disciplines humaines qui se sont « spécialisées » (et qui, ce faisant, voit chaque problème de façon très parcellaire), l’astrologie reste un mode de recherche ouvert.

Cela veut dire que l’astrologue soucieux de réduire sa marge d’erreur peut affiner son diagnostic en multipliant les variables prises en compte : C’est là par exemple tout l’intérêt d’un entretien préalable avec le consultant. Cet entretien permettra de mieux comprendre la situation initiale du jeune homme (et par exemple de savoir s’il est ou non actuellement préoccupé par l’amour, s’il sort ou non d’une rupture difficile qui l’a échaudé », etc.). L’outil astrologique lui permet également de réduire l’incertitude en vérifiant si la situation sociale de l’individu est stable ou en pleine transformation (rien n’empêche le praticien, et cela lui est même conseillé en marge de sa recherche « affective », de prospecter du côté socioprofessionnel afin de voir si l’un ne risque pas d’interagir sur l’autre). L’outil astrologique permettra aussi de tenir compte du tempérament de la personne (est-il timide ou pas ? lie-t-il aisément connaissance ?...)

Mais, comme je le disais précédemment, cette volonté de tenir compte du maximum de facteurs afin d’asseoir sa conviction et d’affiner sa prévision va cependant finir par se heurter à…la condition humaine du praticien  ! Son cerveau est en effet limité et, au-delà d’un certain nombre de variables, ne pourra plus faire de synthèse.
Alors, l’ordinateur est-il la solution de l’astrologie ? La capacité de calcul d’une intelligence artificielle garantira-t-elle un jour une prévision absolue répondant à l’axiome de Laplace en réalisant la fameuse condition requise pour une prévisibilité totale, c’est à dire la  connaissance –et la prise en compte- de la totalité des phénomènes et règles ?

Et bien à moins que la science parvienne à élaborer une intelligence électronique véritable (c'est-à-dire capable de reproduire nos « neurones associatifs »), cela restera du domaine de l’utopie car si un ordinateur est bien capable de stocker et de calculer d’innombrables variables, il est incapable d’en faire la synthèse : il est incapable d’interpréter. Il ne peut donc aboutir qu’à une liste non homogène de possibles, contradictoires entre eux (quiconque a déjà fait interpréter son thème par un ordinateur verra de quoi je parle !).

Il est donc indispensable que l’astrologue reconnaisse simplement ses limites en situant clairement (et en l’expliquant à ses consultant(e)s !) ce qui est de l’ordre du prévisible et ce qui est de l’ordre de l’imprévisible.

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Pour l’astrologue, quelles sont les conditions initiales déterminantes ?

Tout d’abord, le thème natal bien sûr. Celui-ci est le maître-outil de l’astrologue et concentre en son sein tous les possibles, tous les probables, toutes les lois générales qui vont déterminer (du moins en partie) le tempérament et la vie du natif. Ce thème natal lui-même est pourtant soumis à des variables.

Certaines peuvent être connaissables: l’âge et le sexe de la personne, sa condition sociale et familiale initiale, son niveau d’étude, sa situation actuelle au plan professionnel, affectif et relationnel, etc. L’astrologue, comme le médecin, se doit en effet de faire « l’anamnèse » de son consultant (Etablir les antécédents et l'historique du problème qui amène la personne à consulter , autrement dit établir de manière la plus exhaustive possible ses Conditions Initiales).

Certaines de ces conditions peuvent aussi être supposées : On peut par exemple prendre en compte l’évolution du thème natal (notamment à travers les données karmiques si on les utilise mais aussi à travers les Progressions et les grands cycles planétaires).

D’autres enfin resteront inconnues et représentent la part de Chaos dont l’astrologue, dans une démarche honnête, doit informer son client. Ce chaos repose avant tout sur le libre-arbitre du natif (on pourrait en quelques sorte dire : les astres proposent, l’être humain dispose !), sur les éléments existants nous échappant (parce que non encore connus par exemple) et, globalement, sur la part d’aléatoire irréductible (exemple : une catastrophe naturelle).

Bref, continuer à faire l’hypothèse que demain dépendra entièrement d’aujourd’hui en fonction de règles mécanistes absolues (fussent-elles astrologiques) est un pari dangereux, pour ne pas dire idiot. Et si la majorité des chercheurs ont accepté, ces dernières décennies, de reconnaître les limites de la connaissance humaine, d’accepter l’idée d’imperfection et d’incertitude, bref, ont commencé à injecter de l’humilité (car de quoi d’autre s’agit-il au fond ?) dans leur démarche, il me semble plus que temps que la communauté astrologique fasse de même.

2/ La prévision astrologique

Revenons-en à la question centrale : l’astrologie peut-elle prévoir ? Que peut-elle prévoir ?

Tout d’abord, il faut bien comprendre que tout être humain est soumis à une multitude de rythmes. Rythmes exogènes (extérieurs à lui) comme la pression sociale et culturelle mais aussi rythmes endogènes (intérieurs à lui) comme l’héritage génétique…et bien sûr le thème astral !
Or, on sait que les rythmes endogènes (dans lesquels on peut ranger par exemple le rythme cardiaque dont on parlait au chapitre I de ce dossier) ont tendance à être des systèmes chaotiques répondant à d’innombrables variables dont la complexité rend difficile toute prévision à long terme.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les systèmes ou rythmes endogènes sont faits pour permettre l’adaptation à l’environnement. La vie n’est en réalité qu’adaptation intérieure à des phénomènes extérieurs : Il fait froid ? Le corps se thermorégule. Une blessure est reçue, le corps cicatrise (et cela est pertinent aussi au niveau psychologique bien sûr), l’esprit est confronté à une difficulté ? Il cherche une solution (et donc une adaptation à la situation), l’individu est confronté à une problématique sociale ? Il va chercher à s’intégrer, à changer.

On comprend ici de nouveau combien le libre-arbitre (au côté d’ailleurs des mécanismes inconscients) est donc important et justement « déterminant ».
Sauf que cette détermination n’est précisément pas déterministe puisque dépendante des choix d’adaptation librement décidés par l’individu. Toutefois, il est vrai aussi que ces choix sont en partie conditionnés par des règles déterministes. En astrologie, une personne ayant une dominante Uranienne tendra par exemple à plus facilement se diriger vers des choix originaux lui permettant de se démarquer des autres tandis que le Jupitérien privilégiera instinctivement une voie plus conformiste.

Dans ce choix qui revient à chacun, on parlera donc de comportements erratiques de type déterministe : cela signifie que si la probabilité qu’une personne aille dans telle ou telle direction est forte (déterminisme), elle n’est pas pour autant systématique (elle est donc erratique) et qu’il est dès lors impossible de prévoir, depuis le seul thème de naissance à quoi la personne aboutira à 20, 30, 50 ou 70 ans. Car elle aura connu tout au long de sa vie une série de carrefours et de choix personnels qui seront autant de variables depuis la trame initiale (ou conditions initiales pour reprendre notre terminologie) du thème.

Cela explique par exemple la différence de destinée qu’il existe dans la vie des « jumeaux astrologiques » (personnes nés avec le même thème) : on peut aisément retrouvé une trame commune chez ces personnes (tant dans leur caractère que dans le cours de leur existence) mais des conditions initiales différentes amènent ensuite à des résultats très variables. De plus, les adaptations librement choisies par ces personnes (car le thème a beau être identique, il existe quelque chose de supérieur en chacun de nous que l’on peut appeler âme et que l’on peut relier ou non à l’idée de réincarnation) feront qu’ils opéreront des choix différents qui les conduira à expérimenter des situations différentes amenant elles-mêmes à de nouveaux événements ou choix.

On peut donc évoquer ici l’idée d’un principe de ramification. Si l’astrologue me parait légitimement pouvoir se reposer sur une trame solide indiquant un certain nombre de conditions initiales de développement, il doit aussi garder à l’esprit que depuis ce thème (ce « tronc ») qui est toujours commun à plusieurs personnes (il naît tout le temps et partout des jumeaux astrologiques, chacun en a au moins un et souvent plusieurs), l’individu pourra développer des « branches » très différentes et ceci parce qu’il existe forcément dans sa vie des variables qui le rende unique. Ces variables sont exogènes (différence d’environnement initial) comme endogènes (libre arbitre, gênes, karma).

On pourrait finir par croire que tout cela revient à dire qu’on ne sait rien et qu’on ne peut rien savoir. Et que l’astrologie n’est qu’un gros ballon de baudruche. C’est pourtant loin d’être le cas même s’il est important de clairement définir les limites de l’astrologie et que c’est sans doute en acceptant d’abord ces limites qu’on pourrait ensuite défendre avec plus de crédibilité la discipline d’Uranie.

Peut-être qu’un moyen simple de redonner ses lettres de noblesse à l’astrologie et de défendre honnêtement sa cause serait de dire qu’elle permet de réduire l’incertitude, ce qui n’est déjà pas si mal ! Sans doute est-il indispensable d’insister sur le fait que l’astrologie raisonne en terme de potentiels, de probables mais n’est en rien déterministe (le comble étant tout de même que la communauté astrologique ait tant de mal à faire le pas que les scientifiques ont maintenant quasiment tous franchi bien que leur disciplines répondent à la base bien davantage au principe du pur déterminisme que l’astrologie n’a jamais pu le prétendre !). Peut-être encore faut-il bien préciser que l’astrologie est une discipline symbolique visant à étudier l’homme non pas de façon expérimentale (comme peut se proposer de le faire la sociologie par exemple) mais initiatique.

Il est en tous les cas important de retenir et de défendre l’idée que l’avenir n’est que très partiellement déterminé et qu’il reste donc ouvert à plusieurs futurs. L’astrologie ne peut et ne doit donc porter aucun « jugement définitif » (« condamnation ») car elle doit intégrer dans sa philosophie même l’idée d’évolution et d’adaptation propre à la vie. Et, ce faisant, renoncer à toute velléité de « lire l’avenir » car rien n’est écrit par avance. Il existe bien des climats, des cycles qui peuvent être remarqués et étudiés, il existe bien des tendances et des possibles, mais aucune certitude.

N’étant pas écrit (prédéterminé), l’avenir ne peut faire l’objet d’une prévision parfaite. La vocation de l’astrologue ne devrait donc pas consister à « prédire » (annoncer un événement inexorable) mais à relever « les germes du futurs » (dans la situation présente, c'est-à-dire en fonction des conditions initiales) et se demander « que peut-il arriver ? » et surtout « comment y réagir si tel est le cas ? ».
Bref, l’astrologie devrait être par excellence la discipline de l’adaptation, du mouvement, de la vie.
Car en définitif, le rôle qui incombe à l’astrologue est de permettre à ses consultants, en cernant au plus juste leurs mécanismes internes (thème natal) et ce qui survient dans leur vie (cycles et transits), d’effectuer leurs propres choix et donc d’augmenter leur liberté individuelle. C’est le processus que Rudhyar comme CG Young nomme « individuation » et qui rejoint l’idée « de se connaître soi même », de « devenir soi-même », idée qui n’a rien de paradoxale pour qui fait l’effort de se pencher sur la question : se déconditionner (de ses influences familiales, sociétales, historiques..) est aussi un des rôles phares de l’astrologie (comme de la psychologie) !

Peut-être donc serait-il plus sage pour refonder l’image de l’astrologie d’abandonner le terme de « prévision » (littéralement « voir avant ») pour lui substituer celui de prospective.

Certes, le problème est que le grand public est déjà largement « perdu » face à la terminologie astrologique. Faute d’être enseignée à l’école, faute d’être suffisamment expliquée par les spécialistes, l’astrologie dérive de plus en plus vers « la magie » et les médias ne manquent d’ailleurs jamais une occasion de la confondre avec la voyance. Le voyance est pourtant précisément l’opposée de l’astrologie puisqu’elle revendique quant à elle des « flashs », c'est-à-dire réellement une vision anticipée de ce qui va arriver, vision inéluctable, implacable, impossible à modifier. Le plus simple est donc, afin de ne pas ajouter à la confusion déjà existante, de pratiquer un nouveau type de prestations de type « prévisionnel ».

La notion de démarche prospective me semble intéressante. Cette notion sous-entend certes une exploration du futur mais n’a en aucun cas la prétention de figer ce futur en une prédiction inexorable.
L’astrologue se contentera alors de partir des faits et matériaux à sa disposition (situation du consultant, connaissance de son vécu, thème natal, étude des transits et cycles sur ce thème) pour explorer le champs des possibles et établir quelles sont les tendances qui, sur le court et le moyen terme (on a expliqué précédemment pourquoi il fallait éviter le long terme), sont susceptibles d’influencer sensiblement le cours de la vie du natif. Car si l’astrologie ne peut se targuer de « voir l’avenir », elle peut en revanche très utilement servir à repérer les cycles majeurs d’une vie, ceux qui sont porteurs d’un changement, d’une crise, d’un choix, d’une évolution.

Comprenons donc bien que si l’avenir n’est pas « prédictible », l’avenir n’est pas non plus totalement aléatoire, l’avenir n’est pas une « feuille Vierge ». Certains signes y sont inscrits et c’est le natif (peut-être accompagné par l’astrologue) qui complétera ces signes, qui « écrira » sa propre page et surtout donnera un sens à l’œuvre final qui en découle : sa vie.

Il existe donc, il faut insister sur cette idée, des tendances et même des tendances qui ont une certaine inertie. C'est-à-dire qui ont tendance à se répéter, à être récurrentes. Cela est vrai au niveau caractérologique (schéma mental de personnalité) comme au niveau événementiel (climat récursif, événements parfois redondants, type d’expériences similaires).
J’ai d’ailleurs l’habitude de souvent soumettre la métaphore suivante aux personnes qui font appel à mes services : la vie est comme un océan et vous êtes comme un nageur. Il existe des courants indépendants de votre volonté. Ces courants peuvent vous aider à atteindre vos objectifs ou temporairement vous contrarier en vous faisant « dériver » vers d’autres directions que celle que vous voulez atteindre. Ces « courants » constituent les tendances inertielles du thème natal et des transits l’impactant. Mais le libre-arbitre domine le tout car chacun reste libre de nager dans la direction qu’il a choisie. Peut-être se retrouvera-t-il parfois confronté à de très forts courants contraires et abandonnera-t-il, parfois au contraire se laissera-t-il porter mais c’est toujours lui et lui seul qui décide et certains sentiments (tel que l’amour par exemple) peuvent redoubler sa volonté, sa force intérieure, sa détermination. Nous sommes donc tous des « navigateurs » sur l’océan de la vie. Nous devons composer avec des courants, des vents, des éléments extérieurs mais nous n’en restions pas moins « seul maître à bord ».

Dans tous les cas cependant, il faut bien garder à l’esprit que tout pronostic astrologique entre dans le cadre d’une pensée déterministe chaotique. Que des variables (qu’ils soient techniques et astrologiques ou factuelles) échapperont presque toujours à l’astrologue. Mieux vaut donc aussi faire preuve de la plus grande humilité et de la plus grande prudence. Ainsi, on préférera par exemple toujours une approximation exacte à une précision erronée ! Mieux vaut déclarer : « il est possible que » plutôt que « il va arriver ceci ou cela » car si on en sûr de la base de laquelle on part (passé, présent), on doit aussi garder à l’esprit que plus on avance vers le futur, plus on construit une arborescence de futurs possibles. Le rôle de l’astrologue n’est donc pas de prédire mais d’énoncer les possibles.

L’écueil inverse toutefois, il faut aussi l’envisager car c’est un reproche souvent fait à l’astrologie, est de noyer l’interlocuteur dans une telle masse de « possibles », d’être si généraliste que…tout devient possible et qu’il devient donc impossible de se tromper ! Et non seulement une telle attitude ressemble fort à une cabriole intellectuelle mais, appliquée dans une pratique professionnelle, elle peut s’avérer tout aussi dommageable qu’une « prévision » assénée sans ménagement.
Car devant cette masse d’information, le consultant ne peut se retrouver que paralysé, incapable de faire un choix ou d’envisager un quelconque scénario.
Il est donc aussi très clair que si l’astrologue doit envisager les limites de sa connaissance du futur et intégrer dans son discours plusieurs possibles, il est aussi indispensable qu’il effectue un choix dans les possibles qu’il entrevoit. Il devra donc sélectionner en amont, à la fois en se basant sur son expérience, son intuition, certaines règles techniques et la vie de son consultant, les scenarii les plus probables.

Citons Sénèque : « Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va ». Ces paroles sont pleines de sagesse et attire notre attention sur le fait qu’il ne sert strictement à rien d’étudier les grandes tendances de la vie d'une personne si celle-ci n’est pas elle-même animée d’un projet. Car cette personne ne fait que subir les courants, ne fait qu’aller de dérive en dérive… et plus que tout autre, elle sera donc soumise au processus du chaos. Car l’astrologie sert avant tout à avoir connaissance des opportunités et des menaces, en nous et autour de nous, puis à élaborer la meilleure planification et à adopter le meilleur comportement pour parvenir à nos fins. Mais elle ne saurait nous dictait cette fin, nous dire quoi faire. C’est là priver le consultant de sa liberté de décision, de choix. C’est là prendre une emprise sur la vie d’un autre et cela est inadmissible.

Peut-être est-il d’ailleurs temps ici d’aborder la question de l’astrologie karmique, branche qui peut sembler, plus que tout autre, teintée d’un absolu déterminisme.

3/ Le cas de l’astrologie karmique

On aura donc compris que le thème natal, qu’il soit interprété traditionnellement ou karmiquement, constitue un ensemble de scénarii possibles et non un modèle.

En effet, un modèle est un système linéaire établissant une sorte de vérité définitive ne tenant compte d’aucune variable.

Toutefois, l’intégration de la notion de karma dans l’astrologie peut sembler contradictoire avec ce qui vient d’être exposé puisque le karma place bien le thème dans un système en apparence linéaire : un début (cause) produisant une fin (effet). Pourtant, l’astrologie karmique reste précisément dans un système déterministe chaotique : un certain nombre de conditions initiales peuvent être connues et déterminer un schéma existentiel tandis que certaines variables pourront modifier ce schéma initial.

On pourra toutefois objecter que le principal intérêt de l’astrologie karmique étant de donner un sens à la vie humaine (un rôle, une mission au natif), ce système reste fermé puisque le début et la fin en sont connus. On n’est pourtant toujours pas ici dans la prévision puisque prévoir, c’est « voir à l’avance le futur ». Or, personne, fut-il astrologue, ne peut dire ce qu’un individu fera de son thème natal et de son karma. Le né pourra en effet tout aussi bien exploiter au mieux ses ressources et relever avec maestria les défis qui lui sont proposés tout aussi bien que développer ses travers et tendre à régresser par rapport du moins à la voie d’évolution qui est sienne.

Une véritable démarche prévisionnelle, quelle qu’elle soit, s’inscrit dans une continuité linéaire d’enchaînements nécessaires. Or, si cela est en partie vrai à propos de la notion de karma, cela ne l’est qu’en partie puisque la foi en la réincarnation sous-tend une compréhension cyclique et non linéaire du temps.

En réalité, en dehors de la pensée judéo-chrétienne s’avérant unidirectionnelle (de la genèse à l’apocalypse) et ayant largement influencée la pensée scientifique du 19 et 20e siècle, la conception du temps a toujours été multidirectionnel : de nos actes dépend le futur, il n’y a pas un avenir mais des avenirs.

L’idée d’un progrès, d’une histoire continue et linéaire est étrangère aux anciens (les personnes intéressés par le sujet pourront utilement lire les différentes œuvres de Mircea Eliade).
L’histoire humaine est globalement (universellement) plutôt appréhendée comme une alternance de progrès et de régression. La vie humaine, dans le cadre de différentes incarnations, est perçue de même. Cela signifie donc que le thème ne constitue pas comme on pourrait hâtivement le conclure un début et une fin mais un scénario temporaire représentant une portion très réduite d’un modèle plus grand qui nous échappe. Nous ne pourrons sans doute jamais que réduire notre ignorance de tous les paramètres qui constituent « la destinée », de toutes les causes qui agissent les unes sur les autres.
Spinoza disait «  Nous n’appelons contingentes les choses qu’en raison de l’insuffisance de notre connaissance ».

astrologie et réincarnation

L’astrologie karmique, du moins telle que je la conçois, comprend donc l’idée d’un destin (déterministe) mais n’exclut pas la liberté ni une part d’aléatoire (chaotique) : chaque individu est libre de composer avec le destin, de répondre ou d’ignorer les signes, de chercher à s’améliorer ou pas, etc. et chaque individu est soumis à des causes qui nous échappent, qui ne sont pas connues et qui font par exemple que deux personnes ayant des thèmes très similaires auront une vie très différente. En ce sens, on peut donc bien déduire un schéma directeur depuis le thème natal mais non dire ce que le natif en fera ni exactement quelle sera sa vie.  Beaucoup de phénomènes continueront à nous apparaître « comme le fruit du hasard » mais c’est uniquement parce que nous en ignorons les causes, la nécessité cachée.

Précisons d’ailleurs que même si l’astrologie fait chaque siècle de nouvelles découvertes, inclut de nouveaux facteurs, de nouveaux paramètres, bref de nouvelles variables dans sa pratique (et je suis un fervent défenseur de la recherche), cela ne veut pas dire qu’elle parviendra un jour à être « omnisciente » (et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable !) car même avec une parfaite connaissance de l’ensemble des variables et des lois de la nature (pour reprendre l’idée de Laplace), la réalité resterait infiniment complexe et sans doute imprévisible pour un certain humain tout simplement incapable de la synthétiser.

L’ajout de certaine variable (à commencer par les facteurs karmiques au côtés des facteurs astrologiques plus traditionnels) permet donc d’augmenter la qualité de vision qu’on a du thème mais ne permet pas (et ne permettra sans doute jamais) d’avoir une parfaite connaissance de demain ou du destin.

IV. Conclusions

L’astrologue –comme le scientifique d’ailleurs car le débat de fond entre ces deux communautés est vraiment stérile- tente donc d’exploiter au mieux et parfois d’améliorer ses outils de prospective mais il doit aussi humblement reconnaître qu’il n’a pas la science infuse.

Accepter cette idée est sans doute d’ailleurs le meilleur service à rendre à l’astrologie car si désormais les autres sciences peuvent avancer, à leur rythme, selon leurs moyens, c’est précisément parce qu’elles ont renoncé à l’idée d’un déterminisme absolu et qu’elle accepte de commettre des erreurs (errare humanum est !).

Il est rentré dans l’esprit du grand public que l’historien peut par exemple réviser son point de vue en fonction de nouvelles découvertes (de nouvelles variables), que le météorologue délivre ses prévisions sous réserve (indice de confiance), que les instituts spécialisés dans la prospective (par exemple dans l’évolution des marchés ou de la technologie) ont le droit à une marge d’erreur.

Mais ce droit n’est pas accordé à l’astrologue. Pourquoi ? Tout simplement parce que beaucoup trop d’astrologues revendiquent encore précisément leur capacité (totalement fausse, on l’aura compris) à faire ce que l’on pourrait appeler des « prévisions intégrales », c'est-à-dire à affirmer, en fonction des outils à leur disposition et d’une philosophie pour le coup entièrement déterministe qu’il va arriver ceci ou cela.

Or, le principal discrédit que l’on peut jeter sur l’astrologie est justement de vouloir faire croire que la discipline des astres sert à savoir avec certitude ce qui va se passer.
On remarquera d’ailleurs avec un amusement mêlé de tristesse que les astrologues les plus présomptueux sont toujours ceux qui se considèrent et se présentent comme des « experts ». Et comme le disait Franck Lloyd Wright (architecte américain du début du siècle): « Un expert est un homme qui a cessé de penser. Pourquoi penserait-il, puisqu'il est un expert ? »

Mais alors, reposons la question centrale, si l’astrologie ne sert pas à prédire avec certitude, à quoi sert-elle ?

L’astrologie permet d’obtenir une compréhension structurelle de la réalité, c'est-à-dire de trouver, sous la confusion des apparences, certains principes unificateurs.

Renoncer à l’idée que la prévision ne peut être intégrale, absolue, certaine ne veut donc pas non plus dire que l’astrologie est condamnée au mutisme sur l’avenir et doit se priver volontairement de son aspect dynamique (aspect, cycle) car l’astrologie, et c’est même là son essence, est capable de délimiter le champs des possibles, de réduire l’incertitude (sans la supprimer pour autant), de formuler des scenarii probables à l’intérieur d’un champ du possible.

L’astrologie peut donc être considérée non comme une divination mais comme une discipline du pronostic. L’astrologue ne « voit » pas l’avenir mais elle peut anticiper des possibles à condition de souligner que des paramètres inconnues, nouveaux ou non pris en considération sont susceptibles de modifier (et plus encore sur le long terme) les scénarii envisagés. Il est donc important que la communauté astrologique  renonce à son « capital divinatoire » et reprenne la place qui est la sienne, celle d’un système de relation symbolique entre l’être humain et l’univers.

J’aimerais conclure ce dossier en citant le biologiste français Henri Laborit qui, dans «  Dieu ne joue pas au dés », écrit quelques lignes me semblant parfaitement coller à ma conception du rôle de l’astrologie et rappelons l’importance d’une démarche dénuée d’idéologie et basée sur l’humilité comme sur la pluridisciplinarité.
Je cite ici des extraits disparates en invitant les lecteurs intéressés à acheter de toute urgence ses différents livres :

« L’ensemble des relations constitue ce que l’on appelle la Structure (…) mais il est impossible à l’homme d’embrasser la totalité des relations existant entre les élément d’un ensemble, c'est-à-dire sa Structure avec un grand S. (…) il ne peut appréhender que des sous-structures (…) avec un petit s.
Le propre de l’idéologie est de croire que la structure (avec un petit s) décrivant un sous-ensemble (…) constitue en réalité la Structure, c'est-à-dire l’ensemble des relations. (…)
Les structures que nous appréhendons ne sont que les éléments d’une réalité structurale que l’on peut nommer la Structure (Avec un grand S). Il est donc utile de connaître le plus grand nombre d’éléments de cet ensemble de relations, de voir comment ils s’organisent, c'est-à-dire quelles relations ils établissent entre eux, si l’on veut, tout en sachant qu’on ne l’atteindra jamais, s’approcher plus précisément du réel. »

 

Tous droits réservés Philippe REGNICOLI
Reproduction totale ou partielle interdite sans autorisation écrite de l’auteur

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