V. Hera et ses enfants Pour faire en sorte de combler son désir d’enfant et de continuer à rester fidèle, Héra a donné naissance seule à plusieurs enfants. Pour connaître aussi la joie de Zeus d’avoir créé Athéna, elle implora les Titans emprisonnés de l’aider à concevoir un fils aussi fort que Zeus lui-même. Après un an passé dans une retraite solitaire, Héra porta le Typhon de Delphes, une créature avec cent têtes de serpent brûlantes qui deviendrait plus tard un redoutable ennemi de Zeus. Plus tard, Héra conçut Arès, dieu de la guerre et de la querelle, lorsqu’elle toucha un lilas qui lui avait été envoyé par la déesse Flora. Zeus en vint à détester Arès pour le plaisir qu’il prenait à la violence et à la destruction, tout comme sa mère. Finalement, Héra porta Héphaïstos, artisan habile et dieu forgeron. Conçu dans la colère, il naquit un peu lent et contrefait, et Héra embarrassée d’avoir créée un enfant atteint de malformation, chercha à effacer cette maternité en le jetant du haut de l’Olympe dans la mer. (Une tradition plus ancienne maintient qu’Héphaïstos était malformé à cause de sa naissance prématurée pendant les trois cents ans du mariage secret de ses parents, Héra cachait l’enfant pour le protéger et pour masquer qu’elle avait failli). Cette mauvaise action lui revint le jour où Héphaïstos se vengea en emprisonnant sa mère dans un trône qu’il avait façonné pour elle. Les tensions sexuelles qui ont empoisonné le mariage infertile de Zeus et Héra symbolisaient la lutte entre les coutumes matrilinéaires et patrilinéaires. En empêchant sa sexualité, Zeus refusa à Héra l’accomplissement sexuel et émotionnel et l’expérience de porter des enfants divins, qui selon la tradition matrilinéaire, auraient usurpé ses revendications personnelles à la souveraineté. Héra, de son côté, refusa de porter pour Zeus un héritier légitime pour reprendre son titre – de fait, le seul vrai motif pour un mariage monogame – et de la sorte résista au transfert patrilinéaire. Pourtant leur mariage resta au cœur du culte d’Héra et ne fut finalement consommé que lorsque Héra accepta Héraclès (Hercule).  Héraclès dont le nom signifie « la gloire d’Héra » peut avoir été, à l’origine, le prince consort divin d’Héra et son protecteur contre l’ennemi achéen Persée, en des temps précédant son association cultuelle avec Zeus. Héraclès ré-émergea plus tard en tant que puissant fils de Zeus, né de la mortelle Alcmène. Une légende rapporte que lorsque Héra comprit à quelle gloire Héraclès était destiné, elle chercha à lui dérober son droit de naissance en tant que régent de la noble maison de Persée. Ceci conduisit à une vie entière de féroce hostilité entre eux deux. Une [autre] légende raconte qu’on profita du sommeil d’Héra pour qu’elle nourrisse Héraclès au sein et le rende ainsi immortel. Lorsqu’elle se réveilla brusquement, elle le repoussa de sa poitrine, le lait divin giclant de son sein, aspergea les cieux en créant la Voie Lactée. Quoiqu’il en soit, d’autres légendes rapportent la profonde transformation qui est advenue à Héra quand Zeus la persuada d’adopter Héraclès au cours d’une cérémonie de renaissance. Durant la cérémonie Héra se retira dans son lit, attrapa le héros musclé sur sa poitrine, et le poussa au travers de ses jupes en un simulacre de naissance (un rituel d’adoption toujours pratiqué par des tribus primitives). A présent qu’il était accepté et aimé comme un fils, Héra accueillit Héraclès comme un dieu olympien et lui fit épouser sa fille Hébé, « fleur de jeunesse », une version plus jeune d’Héra elle-même. Ainsi, en acceptant Hercule, Héra se réconcilia avec Zeus. Vers le 6e siècle avant JC, ils commencèrent à partager un autel qui avait été refusé aux divinités féminines antérieures. VI. La solitude d’Hera Le mariage sacré de Zeus et Héra devint le prototype du mariage humain. Les mythes de séparation et de réconciliation y furent incorporés comme un aspect essentiel de leur relation. « Il y a des légendes particulières concernant la solitude d’Héra, sa séparation des autres dieux et de son mari… Ses errances au cours desquelles elle se drapait dans les plus profondes ténèbres et qui se terminaient régulièrement par une réconciliation avec son mari ». Selon une légende, quand Héra était humiliée par les infidélités de Zeus et honteuse de la nature haineuse qui était devenue la sienne, elle le quittait et se retirait là où elle avait passé sa jeunesse sur l’île d’Euboée. Zeus ne parvenant pas à la convaincre de revenir, il inventa donc une fausse rumeur dans laquelle il annonçait son mariage imminent avec une princesse locale. Le jour du mariage, il s’avança en procession nuptiale jusqu’au mont Chitaeron accompagné d’une statue de bois voilée qui tenait le rôle de la fiancée. En voyant cela, Hera s’est ruée avec d’autres femmes sur les talons, et a mis en pièces la statue. Même lorsqu’elle comprit que Zeus s’était joué d’elle, au milieu des rires, elle se réconcilia avec son mari. La mythologie grecque souligne de façon répétitive le besoin qu’avait Héra de retraites solitaires périodiques. A Argos, elle se baignait tous les ans dans les sources du Kanathos pour recouvrer sa virginité et préparer sa nouvelle union à Zeus. Nous avons ainsi raconté l’histoire d’Héra, la grande déesse préhellénique qui initia les femmes aux rites du mariage et pourtant ne connut jamais l’accomplissement qu’elle recherchait avec son mari. |